Article paru dans Le Matricule des Anges
                               Numéro 20 de juillet-août 1997

Un roman en morceaux

Les Miettes de décembre pourrait être un roman. On suivrait le parcours de Catherine, la fille, de sa naissance à l'âge adulte, à travers les yeux d'Émilie, la mère. Mais Ariane Dreyfus, née en 1958, dont c'est le troisième ouvrage, déchire la narration, transformant le roman potentiel en une suite de petits éclats, proches du poème. Le texte est en miette et le silence, entre chaque bribe, installe la distance nécessaire. Le poète garde juste ce qu'il faut.

On prend part au désordre, qui tient grâce aux blancs ménagés entre chaque texte. Courts dialogues, assez proches des derniers travaux de Louis Calaferte "- Tu pleures, Maman? - Mais oui. Allez ma chérie, va courir!", phrases-valises qui mettent la langue à mal "Bientôt il n'y aura qu'une voix pourra se cacher", Ariane Dreyfus conserve l'essentiel et la simplicité touche parfois à l'éblouissement : "Mais le coeur est une terre sans cesse labourée/ Et rien qui dure qui soit l'été longtemps." Elle a trouvé ses voix. L'écriture comporte une multitude de registres, qui font la singularité de Les Miettes de décembre.

Certains seront sans doue rebutés par la discontinuité mais, paradoxalement, c'est elle qui donne sa cohérence à l'ensemble. Émilie et Catherine se débattent, inséparables, dans une fusion où la figure du père est absente. Le livre entier est à l'image de ce "donne-moi la main que je te tienne" où mère et fille semblent s'approprier le même je, parler d'une voix unique.

Benoît Broyart

Les Miettes de décembre

Ariane Dreyfus

Le Dé bleu

96 pages, 78 FF

© Le Matricule des Anges

Accueil Le Matricule des Anges