Article paru dans Le Matricule des Anges Numéro 20 de juillet-août 1997
Entre deux eaux
Enfant, Gregorio voit son grand-père "disposer
sur la table des liasses de billets de banque". Son destin
s'en trouve définitivement scellé. L'argent devient
le moteur de son existence. Désireux de faire fortune,
il entame au début du siècle, un long périple.
Europe, États-Unis, les kilomètres lui donneront
l'occasion de rencontrer des personnages étonnants.
Après La Lettre à un adolescent
sur le bonheur(Arléa, 1995), Franco Ferrucci, né
à Pise en 1936, propose un texte de moraliste, où
il démontre la toute puissance du billet de banque.
La forme romanesque est-elle pour autant un prétexte?
Si Ferrucci pénètre souvent dans le récit
-"L'amour, par exemple, est une espérance, et la
haine une crainte; et le seul moyen de tenir les rênes de
l'imagination est d'opter pour une manière de vivre qui
ne réserve aucun motif de crainte ou d'espoir",
il prend également plaisir à la fiction et réserve
de belles rencontres à ses personnages : Gregorio
découvre Dana, endormie dans un train dont il doit réceptionner
la marchandise.
Un amour singulier oscille
toujours entre la tentation de démontrer et la joie de
conter. Le propos bute parfois sur des situations trop artificielles.
À Berlin, Gregorio fait la connaissance de Kurt, personnage
"diabolique", "grand chambellan"
de l'argent (très proche du Kurtz de Conrad). Il initiera
Gregorio au profit durant la Première Guerre mondiale qui
se révèle être un véritable "face-à-face
économique".
Il manque un univers au roman de Ferrucci. La fiction
semble être le résultat d'une démonstration
et la forte présence de l'auteur nous force à garder
nos distances.
Un amour singulier
Franco Ferrucci
Traduit de l'italien
Arléa
192 pages, 98 FF
© Le Matricule des Anges et les rédacteurs
Accueil Le Matricule des Anges