Article paru dans Le Matricule des Anges
                               Numéro 20 de juillet-août 1997

Une halte au paradis

de Bruno Dostert

Le paradis dont il question dans ce roman n'en serait pas un pour tout le monde : il s'agit d'un appartement où le rouge domine. C'est là que le narrateur s'est calfeutré. Il a obturé fenêtres et porte pour que ni la lumière du jour ni l'obscurité de la nuit ne passe. Il a enfermé sa montre dans un tiroir pour arrêter le temps. Dans ce huis clos hermétique, l'homme porte d'étranges cravates "club" aux tons criards, passe beaucoup de temps dans les toilettes, convoque les ombres fantomatiques de sa famille, la mère surtout. Le narrateur donne aux objets qui l'entourent une fonction qu'ils n'avaient pas comme de faire le taxi pour le fauteuil : "Tout à l'heure j'ai dû prendre un taxi. Je me trouvais dans le salon et je voulais rejoindre ma chambre." S'il semble pour le moins cinglé, notre héros explore sa folie consciemment : il veut vivre hors du monde, créer son univers mentalement et faire le vide. Ce paradis ressemble à une descente aux enfers. La confession d'abord amusante vire à l'obsessionnel. Si je est un autre et si les autres c'est l'enfer, cela explique que le paradis de Bruno Dostert soit si singulier.

T. G.