Article paru dans Le Matricule des Anges Numéro 20 de juillet-août 1997
Entre écologie et anarchie
Mémorialiste, essayiste et poète (1817-1862), Henry David Thoreau fut une sorte de Rousseau américain, hanté par le rêve d'une vie redevenue sauvage (un rêve adamique quelque peu candide), qui vouait aux gémonies l'organisation sociale, le respect du bien et l'allégeance nécessaire à la loi, engagé au point de préférer passer un jour en prison plutôt que de payer ses impôts à un gouvernement esclavagiste où "argent et vertu ne font pas bon ménage". Épris de liberté, désireux de respirer à son gré, persuadé de ne pas être né "pour être contraint", Thoreau avait fait sienne la maxime selon laquelle "le meilleur des gouvernements est celui qui gouverne le moins", et avait érigé, comme autant de principes appliqués à sa propre vie, une philosophie idéaliste et profondément mystique.
Désobéir (un titre dont Thoreau eût pu faire sa devise) possède les qualités et les défauts d'une compilation : les textes proposés (exercices de contestation ou d'admiration, poèmes, bribes de lettres) sont d'un intérêt inégal (les extraits de sa correspondance sont relativement insipides), l'unité de l'ensemble paraît pour le moins discutable (les poèmes ne sont guère contestataires), mais le volume parvient néanmoins à révéler quelques-uns des registres de Thoreau, tour à tour philosophe, pamphlétaire, apologue, patriote, naturaliste... Le texte le plus réussi pourrait bien être "Marcher" (que La Table Ronde, en 1995, avait publié séparément sous le titre Balades dans sa collection Les Petits Livres de la Sagesse), où Thoreau fait l'apologie de la marche : il faut marcher "à la manière du chameau dont on prétend qu'il est le seul animal qui rumine tout en marchant". Mais cet ars ambulandi cède très vite, et trop vite, à l'exaltation de l'Amérique, où, comme nul ne l'ignore, la lune semble bien plus grande qu'en Europe -bien que Thoreau n'y ait jamais posé le pied...
Encore méconnu en France, Henry David Thoreau est pourtant
un auteur classique de la littérature américaine.
Pour s'en convaincre, il faudrait lire son étonnant Walden
ou la Vie dans les bois (disponible chez Gallimard), dont
il rédigea huit versions différentes en huit ans :
constitué de dix-huit essais, ce volume raconte, sur un
ton qui rappelle les pages de son Journal (riche de quatorze
volumes), sa vie solitaire, ascétique et studieuse dans
une habitation rudimendaire construite de ses mains sur les rives
d'un étang, au sein d'une nature enfin aussi sauvage qu'aux
premiers jours...
Henry D. Thoreau
10/18
Traduit de l'américain par Sophie Rochefort-Guillouet et Alain Suberchicot
222 pages, 38 FF
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