Article paru dans Le Matricule des Anges Numéro 20 de juillet-août 1997
Magistrale Conférence
Impressionnante, la revue Conférence réussit
à être attrayante tout en faisant preuve d'une rigueur
intellectuelle hors normes. Enrichissant.
Dire que Conférence est
une revue superbe serait un bien frêle euphémisme.
Ses 530 pages semestrielles sur papier bible témoignent,
par la qualité des textes, d'une exigence remarquable.
À cela s'ajoute l'esthétique très réussie
d'une typographie soignée et d'une photogravure qui permet
ici, dans cette quatrième livraison de découvrir
les photographies d'Éric Dessert sur une Roumanie rurale
et rude et les arbres dessinés au fusain par le peintre
Alexandre Hollan. Chaque livraison de Conférence propose
un thème (Le Clair-obscur pour le premier numéro,
Le Scandale ensuite, La Beauté des corps enfin). Ici, Les
Visages de la terre s'ouvre par une longue présentation
de Thomas Jefferson, Président des États-Unis de
1801 à 1809. Suivent des extraits de sa correspondance
au moment où se construisait la nation américaine.
On avance dans l'histoire et dans l'étonnante fraîcheur
avec laquelle les hommes d'alors s'inventaient un monde. Cent
pages plus loin, Nicolas Bouvier, l'écrivain-voyageur arpente
les territoires de l'ex-Yougoslavie et celui de la Moldavie, Maurice
Chappaz gravit les monts alpestres, Pierre Bergounioux suit les
"routes rectilignes pavoisées de reflets de fêtes,
passementées de soleil" du plateau de Millevaches.
Dans ce paysage où la terre dicte sa loi, il n'est guère
étonnant de croiser Pascal Commère. Le poète
réagit aux photos d'Éric Dessert citées précédemment.
À quoi fait écho, à sa manière d'essayiste,
et toujours à propos des mêmes photographies, le
directeur de la publication, Christophe Carraud. La revue prend
d'autres sentiers pour arpenter son sujet en évoquant l'École
française de géographie, La Champagne pouilleuse
vue depuis le Collège de France (par Roger Dion) ou l'histoire
de la géographie humaine. On revient à la littérature
avec Ossip Mandelstam qui évoque dans ses carnets de 1931-1932
la figure de l'explorateur allemand Pallas. Le dossier refermé,
reste la partie "Cahier" constituée d'inédits
et de nouvelles traductions. Et il suffit d'évoquer le
nom des auteurs que l'on retrouve là pour comprendre à
quel niveau de qualité se hisse Conférence : Gérard
Macé, Gustave Roud et Philippe Jaccottet, Martin Heidegger
(La première version de L'Origine de l'oeuvre d'art, inédit
également en allemand!), Friedrich Nietzsche dans une nouvelle
traduction de Michel Haar, etc.. Impossible de tout citer : Conférence
est un continent qui nécessite de prendre le temps pour
l'explorer : six mois ne seront pas de trop.
T. G.
Conférence 536
pages, 130 FF abt 2 N°s : 240 FF - 25, rue des Moines 77
100 Meaux
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