Article paru dans Le Matricule des Anges Numéro 19 de mars-avril 1997
Le Lecteur se laisse lire
C'était
une belle maison d'édition, soignée et curieuse.L'Anatolia
a subi, à l'automne dernier une liquidation judiciaire.C'est
un beau mensuel, à la mise en page élégante
et claire. Le Lecteur est né, en février,
des cendres de L'Anatolia. La métamorphose d'éditeur
en directeur de la publication n'étonnera guère
ceux qui ont croisé Samuel Brussell, ici ou là,
un journal (de préférence étranger) toujours
en poche.Cet amoureux de la presse a donc franchi le pas.
Le Lecteur, immanquablement, avec son papier journal, sa
bichromie de Une, évoque La Quinzaine littéraire :
"Je n'y ai pas du tout pensé.Je ne lis pas La
Quinzaine.Mon modèle, ce sont des journaux comme le
Times literary Suplement ou le Spectator (anglais)".Cela
se traduit par une typographie très aérée,
classique et sobre. Une lisibilité que l'on retrouve, et
c'est là sa grande qualité, dans le contenu des
articles. Pour preuve Étienne Wolff nous fait découvrir,
avec quelle intelligence, l'humaniste catalan Vivés mort
au milieu du seizième siècle. Maître de conférence,
Étienne Wolff laisse tout jargon au vestiaire et dresse
le portrait vivant d'un homme dont le père fut brûlé
par l'Inquisition.
Mais, cerise sur le gâteau, il ne s'agit pas seulement de
procéder aux fouilles de l'histoire littéraire et
d'enfermer dans un musée les idées de l'époque.Qu'il
s'agisse de Vivés, ou de Juvénal, Étienne
Wolff parvient à tirer de leur oeuvre, un éclairage
sur notre époque.On trouve là l'expression du credo
de Samuel Brussell : "La voix des classiques nous
parle vraiment.Les classiques nous éclairent et nous aident
à voir la réalité". On comprend,
dès lors que la littérature contemporaine soit un
peu minoritaire.On trouve cependant, entre autres, un article
enthousiaste sur Pirotte, un égratignage respectueux de
Tillinac, un hommage à Burgess.La littérature francophone
n'est pas absente, mais fidèle à ses goûts
d'éditeur, Samuel Brussell ne lui offre pas une place de
choix.
Le Lecteur s'intéresse aussi à la philosophie
(Popper et Feyerabend ici) aux arts avec l'architecte Adolf Loos
ou avec les belles photos de Giorgia Fiorio.
Fort de cette idée que"les gens
sont intimidés par la culture qui les prend de haut"
Le Lecteur ouvre une fenêtre éclectique sur
le monde.Une fenêtre qui, dans le numéro de mars,
éclairera les portraits de V.S.Naipaul, Queneau et Gombrowicz.
Tiré à 28 500 exemplaires, il faut souhaiter
au Lecteur de trouver ses lecteurs.Et inversement.
Thierry Guichard
Le Lecteur 24 pages, 15 FF - Abt 12 numéros : 150 FF
BP 2030 34 024 Montpellier Cedex 1
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