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reçu cette lettre de Régis Clinquart Contrat d'édition abusif?
Vous êtes destinataire de ce message :
- soit parce que vous êtes un des 83 auteurs ayant publié
sur le site web La Grenouille Bleue;
Rappelons d'abord les faits :
Article 3, alinéa 1 :
Article 3, alinéa 1 :
Article 3, alinéa 6 :
Article 6, alinéa 2 :
Tout ceci ne serait rien (quoique...) si la Grenouille Bleue vous
assurait au moins une publication sous format papier de votre
oeuvre, rémunérée comme il se doit (d'ailleurs,
les droits d'auteurs proposés "en cas de publication
papier" sont, ô ironie, conformes aux standards de
la profession) : après tout, de nombreux petits éditeurs
font très bien leur boulot, alors pourquoi pas la Grenouille
Bleue ?
Alors, me direz-vous, vous ne risquez pas grand chose en signant,
puisqu'en cas de litige vous iriez devant "les juridictions
compétentes du ressort de la cour d'appel de Lyon",
ainsi que le stipule l'article 11, et feriez très probablement
casser la "convention" pour les raisons ci-dessus évoquées.
En espérant vous avoir convaincu.
PS : J'ai signifié aujourd'hui même à la Grenouille
Bleue, également destinataire du présent courrier,
de ma volonté de leur voir retirer ma nouvelle "Le
sang neuf" de leur site, ainsi que ma fiche auteur. A compter
de ce jour, ma "présence" sur ce site qui m'était
jusqu'ici sympathique et qui ne me l'est plus du tout, ne dépend
donc plus que du temps qu'ils mettront à m'en retirer pour
se conformer à ma volonté de n'y plus paraître.
soyez critiques!
FRANCE
juin 2000
- soit parce que vous exercez une activité de conseil ou
de défense des auteurs d'oeuvres littéraires;
- soit parce que vous êtes un acteur de la cyberédition
ou plus généralement, de l'internet littéraire,
potentiellement en contact avec La Grenouille Bleue.
AUTEURS, NE SIGNEZ PAS LE CONTRAT D'EDITION ABUSIF ET EN PARTIE
ILLEGAL DE LA GRENOUILLE BLEUE.
Le site web La Grenouille Bleue www.grenouille-bleue.com, exploité par la SARL REMY&BOURSON, "a notamment
pour objet la diffusion en ligne de nouvelles, romans, poèmes
et autres contenus éditoriaux reproduits sous forme de
données informationnelles électroniques affichées
sur écran informatique, regroupées par thèmes
et mis à la disposition des visiteurs du site www.grenouille-bleue.com."
Jusqu'à ce jour, le site de la Grenouille Bleue a rempli
cette mission de manière absolument irréprochable,
les auteurs publiés sur le site n'étant pas rémunérés
mais en contrepartie, conservant l'intégralité de
leurs droits moral ET PATRIMONIAL sur leur oeuvre, comme c'est
le cas en général pour une publication en revue
littéraire.
Lundi 19 janvier 2000, la Grenouille Bleue a fait parvenir à
l'ensemble des auteurs publiés depuis la création
du site un courrier électronique, par lequel elle demande
à ceux-ci, sous couvert de "protection des droits
des auteurs", de passer une convention avec la SARL REMY&BOURSON
entraînant cession par l'auteur signataire de ses droits
patrimoniaux sur son oeuvre.
Or le texte de ce document (cf. pièce jointe de cet e-mail)
qui se donne pour un contrat d'édition en bonne et due
forme (quoique la SARL REMY&BOURSON préférât
nommer ce pseudo-contrat une "convention"), est entâché
d'irrégularités majeures confinant à l'escroquerie
pure et simple.
Le présent message a pour objectifs :
- d'exposer et de dénoncer ces irrégularités
afin que les auteurs ne commettent pas l'erreur de signer le document
de la Grenouille Bleue ;
- d'informer les partenaires et correspondants de la Grenouille
Bleue de ses nouvelles et regrettables pratiques.
Les points condamnables de la "convention" de la Grenouille
Bleue sont les suivants :
CLAUSE D'EXCLUSIVITE
"L'auteur cède à la grenouille bleue, à
titre exclusif, et pour la durée de la présente
convention, l'ensemble des droits de propriété intellectuelle
de nature patrimoniale afférents à l'oeuvre de sa
composition dénommée ci-dessus."
=> La grande majorité des revues littéraires
sérieuses ne demandent pas cette exclusivité, et
exigent simplement (d'ailleurs à juste titre) que la revue,
en sa qualité d'éditeur original de l'oeuvre, soit
citée comme telle dans toute édition future de l'oeuvre.
ATTEINTES AU DROIT MORAL
"L'auteur cède à la grenouille bleue, à
titre exclusif, et pour la durée de la présente
convention, l'ensemble des droits de propriété intellectuelle
de nature patrimoniale afférents à l'oeuvre de sa
composition dénommée ci-dessus (notamment) les droits
de modification, d'adaptation, de traduction, d'évolution,
d'adjonction, de suppression de tout ou partie de l'oeuvre."
=> Les droits de modification, d'évolution, d'adjonction
et de suppression de tout ou partie de l'oeuvre ne sont pas des
droits patrimoniaux. Ils touchent bel et bien à la substance
de l'oeuvre, donc au droit moral de l'auteur. Or le droit moral
(en tout cas en France, cocorico !) ne peut être cédé
par l'auteur, même par contrat : c'est un droit inaliénable
(d'où cette mention trompeuse, à l'article 5 alinéa
5 : "La grenouille bleue ne pourra exercer les droits cédés
que dans le respect du droit moral de l'auteur.").
Article 3, alinéa 12 :
"L'adaptation de l'oeuvre sous forme d'oeuvre multimédia
est susceptible d'entraîner des modifications dans la présentation,
les modalités d'accès et de consultation de l'oeuvre.
La grenouille bleue est seul juge de ces modifications, sous réserve
de l'accord de l'auteur chaque fois qu'elles sont susceptibles
de modifier de manière substantielle le contenu ou l'esprit
de l'oeuvre."
=> Cette clause parfaitement abusive (la structure d'un texte
ne fait-elle pas partie de sa "substance" ? et qui est
juge du caractère "substantiel" ou non des modifications
apportées au contenu et à l'esprit de l'oeuvre ?)
est malheureusement trop courante dans les contrats d'édition,
et doit être refusée comme portant atteinte au droit
moral de l'auteur.
ATTEINTES A LA "CARRIERE" EVENTUELLE DE L'AUTEUR, OU
"LES VRAIES RAISONS DE LA CONVENTION"
"L'auteur devra demander l'autorisation à la grenouille
bleue pour faire publier son oeuvre sous format papier chez un
éditeur. (...) La Grenouille Bleue (pourra) donner son
accord ou non pour cette publication et déterminer, le
cas échéant, les conditions préalables à
cette édition."
=> Cet article est, vous l'avez sans doute compris, le coeur
même du problème (le coeur de l'arnaque, pour parler
clair). En effet, s'il n'est pas du tout sûr que la Grenouille
Bleue publie jamais votre oeuvre sur papier, il est en revanche
certain que la Grenouille Bleue monnayera de son mieux votre "départ"
chez un autre éditeur qui voudrait vous publier sur papier
(et/ou sous format électronique moyennant rémunération
de l'auteur, ce qui est tout aussi possible et légitime).
Les "conditions préalables à cette édition"
ont toutes les chances de se traduire en une certaine somme à
verser à la Grenouille Bleue. Dans le meilleur des cas,
il y a fort à parier que votre nouvel éditeur vous
"fera payer" indirectement ce surcoût (soit en
rognant sur votre à-valoir, soit en rognant sur la publicité
et/ou le tirage de votre oeuvre) ; dans le pire des cas, il renoncera
à vous publier, préférant parier sur un jeune
auteur qui lui coûte moins cher : l'édition de l'oeuvre
d'un inconnu est toujours une prise de risque pour un éditeur
qui rémunère (correctement !) ses auteurs, il ne
faut pas l'oublier et en tenir compte...
Article 7, alinéa 1 :
"L'auteur accorde à la grenouille bleue un droit de
préférence pour les oeuvres qu'il se proposerait
de publier à l'avenir dans les genres suivants : nouvelle,
conte, roman, essai, poésie, témoignage."
=> Très concrètement, cela veut dire que si vous
avez publié une seule nouvelle, un seul poème ou
un seul conte sur le site de la Grenouille Bleue, vous ne pouvez
pas proposer un livre, qu'il s'agisse d'un recueil de poèmes,
de nouvelles ou d'un roman à Gallimard, Grasset ou quelque
éditeur que ce soit sans l'avoir proposé d'abord
à la Grenouille Bleue... Charmant, non ?
DATES DE "PUBLICATION"
"Les dates de publication sont fixées par la grenouille
bleue."
=> Cette clause n'est légale que dans la limite d'un
délai maximum qui doit être déterminé
par le contrat. Ce délai semble à première
vue indiqué à l'article 5, alinéa 3 a) ("Si,
malgré son acceptation de l'oeuvre, la grenouille bleue
ne procédait pas à la publication de celle-ci dans
les 12 mois suivant la signature des présentes, l'auteur
pourrait (...) résilier de plein droit la présente
convention.") En réalité, il ne faut pas se
méprendre sur le sens de cette clause : on entend ici par
"publication", la publication "au moins sous format
électronique" de l'oeuvre, laquelle n'est pas rémunérée.
ET SURTOUT, NULLITE DE LA "CONVENTION"
Mais il n'en est rien, ainsi qu'on va le voir...
Article 3, alinéa 5 :
"La grenouille bleue n'est nullement tenue de publier sous
format papier l'oeuvre de l'auteur."
=> La convention est donc nulle et n'engage en rien l'auteur,
sauf si elle porte par ailleurs sur une édition électronique
entraînant rémunération de l'auteur en contrepartie
de la cession des droits patrimoniaux, ce qui n'est pas le cas
ici puisque l'article 8, alinéa 1 de la convention stipule
que : "L'auteur ne pourra prétendre à aucune
rétribution de quelque nature qui soit pour toute publication
de l'oeuvre sur Internet rendue accessible au public sur le site
www.grenouille-bleue.com (...), ces publications étant
considérées comme du service de presse permettant
à l'auteur de se faire connaître auprès du
public et d'éventuelles maisons d'édition."
Article 8, alinéa 1 :
"L'auteur ne pourra prétendre à aucune rétribution
de quelque nature qui soit pour toute publication de l'oeuvre
sur Internet rendue accessible au public sur le site www.grenouille-bleue.com,
ou sur celui de partenaire de la grenouille bleue, ces publications
étant considérées comme du service de presse
permettant à l'auteur de se faire connaître auprès
du public et d'éventuelles maisons d'édition."
=> Le message est clair : la publication de votre oeuvre sur
Internet, au sens de la convention de la Grenouille Bleue, ne
constitue pas une publication mais un "service de presse".
Autrement dit, la seule publication électronique ne peut
donner lieu à une cession de droits : un "service
de presse" ne peut exister que s'il existe par ailleurs une
oeuvre proposée à la vente, et l'auteur ne perçoit
pas de rémunération sur le service de presse parce
que at A CONDITION que l'éditeur n'en perçoive pas
non plus. Mais comme par ailleurs, on l'a vu, la Grenouille Bleue
ne s'engage aucunement à publier votre oeuvre sur papier
(publication qui donnerait lieu à rétribution),
les droits patrimoniaux que vous êtes censé céder
à la Grenouille Bleue en signant la convention sont des
droits cédés sans contrepartie financière
(du moins sans contrepartie immédiate, et seulement dans
l'espérance d'une contrepartie future). Et juridiquement,
c'est simple, un contrat d'auteur par lequel l'auteur prétend
céder ses droits sans contrepartie financière n'a
aucune valeur.
=> Et concernant l'extension de la clause à d'éventuels
"partenaires" de la grenouille bleue, c'est tout simplement
illégal, notamment si ce partenaire fait payer le droit
de consultation de votre oeuvre sans vous rétrocéder
à vous, l'auteur, tout ou partie de la rémunération
ainsi perçue.
POUR CONCLURE
C'est vrai.
Mais au bout de combien d'efforts, d'attente (des années
peut-être), d'argent dépensé que vous auriez
pu consacrer à l'exercice de votre art ?...
Croyez-moi, NE SIGNEZ PAS. Si vous avez du talent, vous trouverez
tôt ou tard un éditeur pour vous proposer un vrai
contrat d'édition honnête. Et si vous n'avez pas
de talent, ce n'est pas la peine malgré tout de vous laisser
"entuber" à trop bon compte.
Pour toute information complémentaire, n'hésitez
pas à me contacter, ou à joindre l'association CALCRE
http://www.calcre.com , qui fait
autorité en matière de défense des droits
des écrivains.
Cordialement
Régis CLINQUART