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Les Anthologies
Plusieurs anthologies viennent de paraître, d'où cette réflexion ... de Jean L'Anselme
FRANCE

31 mai 2000

Jean L'Anselme : les Anthologies

Quand une anthologie paraît, tout bon poète (ou mauvais) s'y précipite pour constater qu'on l'a oublié une fois de plus. Il se dit alors que le maître d'oeuvre devait mal le connaître, qu'il n'avait guère eu l'occasion de le lire ou que sa mère avait dû lui dire qu'il n'était pas d'une bonne fréquentation pour lui... Il faut penser encore qu'un poète ne peut envoyer son livre à tout le monde alors qu'il en a si peu. Si, par malchance, le futur auteur d'anthologie ne l'a pas reçu, le poète ne sera donc pas dans la future anthologie, car, on ne va tout de même pas demander à "l'anthologiste" de courir le soir à la bibliothèque municipale pour écrire son livre.
Avez-vous remarqué que l'auteur d'anthologie prend toujours d'infinies précautions pour justifier son choix et l'orientation de son travail. Il lui faut expliquer qu'avec celui-ci il avait le même prof de philo, qu'avec celui-là, tout enfant, il jouait déjà à la marelle, qu'avec cet autre, ils se sont vus pour la première fois lors d'un enregistrement à France Culture. Il ne faut donc pas s'étonner si la convivialité règne. Quand on analyse les anthologies, on constate que ce sont des hangars de gens de bonne famille, bien élevés, cultivés, se retrouvant dans les congrès, séminaires, colloques, symposiums, tables rondes et bazars à causettes. Ces personnages de haute vertu composent notre Haute cour de Justice qui fait la pluie, le beau temps et ... les anthologies. A côté de la Haute cour, il y a la basse-cour de ceux qui n'ont jamais voulu faire de basse cour à la Haute et qui, de ce fait, se retrouvent sur la touche avec les dindons et les canards. Une sorte de "Bande à Bonnot" qui ne sont pas bézef et ne font pas du tout le poids même pour être dans le coup d'une opération comme "Mille milliards de poèmes" où chacun peut penser qu'il a tout de même sa chance.
Lorsque je figure dans une anthologie (si, si, ça m'arrive !) c'est un peu comme si j'étais au Musée Dupuytren de la Foire du Trône où on trouve des créatures monstrueuses, des femmes à trois seins, des bêtes à trois estomacs, etc... A mon sujet, on commence invariablement par: "J.L'A occupe une place à part ..." Ayant vécu longtemps à proximité de la Foire du Trône, ça date peut-être de là. ?
Dommage d'être toujours ailleurs quand on distribue les prix car le fait de figurer dans les anthologies vous donne, outre le plaisir d'entrer dans l'agitation des symposiums, colloques, séminaires, etc..., celui de voir vos oeuvres publiées avec l'aide du gouvernement, de passer un jour à France Culture et, à un certain âge, d'être honoré de la Légion d'Honneur ou des Arts et Lettres, ce qui vous donne alors le droit d'entrer dans le gotha de l'Académie Mallarmé.
Arrangez-vous donc pour être toujours bien armé comme il faut, gardez-vous "d'occuper une place à part " ... et redoutez le Musée Dupuytren qui a fait ma perte.

J. L'A.

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