En direct avec les anges
Cette chronique En Direct est renouvelée au moins deux fois par semaine, le lundi et le jeudi (avec toutefois la possibilité d'intervenir les autres jours en fonction de l'actualité). Elle est tenue par Thierry Guichard, le directeur de la publication, sauf indication contraire (signature).

Lundi 31 août 1998

Michel Houellebecq super star! On le savait, on le pressentait du moins, la sortie du deuxième roman de Michel Houellebecq, Particules élémentaires déclenche un tir groupé de la presse nationale : Nouvel Observateur, Lire, Les Inrockuptibles, Libération, Le Monde : tous ont décidé de faire du crâne passablement dégarni de Houellebecq l'effigie de leur Une. Ce n'est pas une surprise quand on voit comment l'affaire s'est montée. Premier temps : publication en 1994 d'Extension du domaine de la lutte chez Nadeau dont la réputation n'est plus à faire. A mon avis, ce premier roman était intéressant, pas trop mal mais ne casse pas trois pattes à un canard (disant cela je devine vos protestations ô internautes). En terme de rythme d'écriture, de violence, je préférerai toujours Christine Angot, Christian Prigent est à mille lieux devant Houellebecq sur le chemin de la modernité, quant au style, il ne faudrait pas comparer son écriture à celle d'un Pirotte, d'un Michon, etc. Pour ce qui concerne le regard porté sur notre société, permettez-moi de lui préférer un François Bon. Et parmi tous les premiers romans parus la même année, beaucoup valaient largement Extension…

En revanche Houellebecq avait fait paraître avant ce premier roman, un recueil de poèmes intitulé Rester vivant (1991), tout à fait réussi, passionnant, tournant le dos à la modernité apparente du formalisme mais où se fait jour le désapointement dilettante qui fera son succès. Car, suite de la stratégie, le succès, Houellebecq va le connaître très vite avec Extension…. D'abord, il est considéré comme le représentant de la jeune génération (et cette semaine dans Libé (du 27/08), il explique qu'on a triché sur son âge pour mieux lui faire endosser ce rôle de représentant (il a quarante ans), ami des jeunes auteurs qui lancent l'excellente revue Perpendiculaire, et plus connu qu'eux, il devient l'étendard des magazines qui veulent rameuter les jeunes (Les Inrockuptibles), qui veulent rester à la page (Télérama). On lui demande des papiers ici, un portrait là, une interview, etc. et Houellebecq devient incontournable, au nom même de cette jeunesse qu'il n'a plus. Flammarion (qui publie Perpendiculaire) ressort (sous l'autorité de Raphaël Sorin le directeur littéraire du domaine français -homme habile à propulser les auteurs sur le devant de la scène et instigateur de la venue de Perpendiculaire chez Flammarion- les textes de Houellebecq parus à La Différence, les relance, et ça ne marche pas trop mal. Et voilà, cette année donc, la parution de ce deuxième roman, d'autant plus attendu que les médias avaient d'abord loupé Extension…. Donc tout le monde s'en donne à coeur joie et l'on remarque toutefois qu'Antoine de Gaudemar (le boss des pages livres de Libération) a du mal à s'enflammer pour le livre, même chose pour Pierre Lepape (feuilletoniste du Monde (28/08)). Il n'est pas ici question de parler ou de remettre en doute la qualité de ce deuxième roman (je ne l'ai pas encore lu) mais de montrer comment fonctionne notre bonne presse bien consensuelle et crétine. Plutôt que de lire, disons, cinquante titres de la rentrée et de définir ensuite lequel mérite la Une, lequel une interview, lequel une brève, on décide, des mois à l'avance et en fonction seulement de l'image, du marketing, de la représentativité de l'auteur, des places attribuées aux écrivains. Inutile de dire que les auteurs publiés par de petites maisons d'édition ont autant de chance d'apparaître en bonne place dans les canards de la rentrée que de gagner au loto. Si le bouche à oreille et surtout si le travail des libraires les sauve de l'oubli, la presse découvrira le phénomène deux à trois mois après. Pour en finir momentanément avec Houellebecq, nous avons reçu un article, il y a déjà quelques semaines, d'un lecteur qui n'a pas aimé ce deuxième roman après avoir adoré le premier. Je vous ferai lire ça, mais avant je vais m'atteler aux Particules élémentaires. D'autant plus que je vais bientôt animer une rencontre avec le sieur Houellebecq que j'avais déjà eu le plaisir de rencontrer lors du festival Les Ambassades (à Tours, 37) et lors du festival Poésie Hors Limites (à La Rochelle, 17) - je me souviens de son désir irrésistible de fumer en public, de son "bof" émis après mûre réflexion à une de mes questions lors d'un débat; "bof" qui avait soulevé l'hilarité du public. La rencontre avec Houellebecq aura lieu le 29 octobre dans les locaux de la DRAC à Montpellier avec la librairie Sauramps. (Si c'est pas de l'info ça mes cocos).

Faites-moi penser, dans un prochain En direct ˆ vous causer du changement de direction chez Denoël, filiale de Gallimard.

D'ici là, bonnes lectures et à plusssssssssssssssss!

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